Parler d’Europe

31.01.2020

Peut-on verdir la PAC ?

Dans le cadre d’un de nos ateliers professionnels, quelques étudiants ont réalisé des articles sur l’Europe. Nous en publions quelques uns sur notre site.

Alors que la prochaine PAC est toujours en négociations, les propositions pour une politique agricole commune plus verte et plus durable continuent d’affluer. Elles proviennent notamment du mouvement « Pour une autre PAC », à l’origine de la manifestation du 22 octobre devant le Parlement européen.

LA PAC : QUEL BILAN ?

La Politique Agricole Commune est la plus ancienne et la plus coûteuse des politiques de l’union. Elle repose sur un système d’aides constitué en deux piliers. D’un côté les aides dites « découplées » attribuées à l’hectare (plus la surface agricole est grande, plus les aides européennes obtenues par les agriculteurs sont importantes). De l’autre côté, plus faible en montant, les aides « au développement rural » sont proposées en faveur d’une agriculture plus verte.

Conçue au sortir de la guerre à une période où les Européens avaient encore le souvenir vivace des pénuries alimentaires, la PAC avait à l’origine pour objectif d’augmenter la productivité agricole et d’assurer des prix stables et corrects pour les consommateurs.

LA PAC DOIT SE REORIENTER :

Aurélie Catallo, coordinatrice de la plateforme Pour une autre PAC nous donne ces chiffres : « aujourd’hui encore 80 % du budget de la PAC profite à 20% des exploitations les plus grandes ». Cette politique productiviste est avide d’intrants chimiques et est responsable d’une baisse de la biodiversité. Elle doit nécessairement se réorienter pour tenir compte des changements climatiques et de l’évolution de la demande des consommateurs vers moins de produits carnés, une meilleure prise en compte de la souffrance animale et une préférence pour les produits biologiques et locaux.

C’est ce que conclut Bruno Parmentier, agroécologiste, spécialiste de la PAC : « Aujourd’hui on a plus de problèmes d’obésité que de faim en Europe. Le problème du bien manger est plus important que celui du manger assez. Conclusion ? Il va falloir accompagner le passage très difficile d’une alimentation entièrement tournée vers la quantité à une agriculture axée sur la qualité. »

Cette dimension environnementale fait consensus au Parlement européen selon Anne Sander, députée européenne et membre de la commission agriculture et développement durable. « Il y a un engagement fort aujourd’hui de la part des parlementaires à se tourner vers un modèle agricole plus écologique et cela se traduit par la mise en oeuvre de logiques incitatives ». « Cette nouvelle architecture verte repose notamment sur une éco-conditionnalité renforcée, des mesures agro-environnementales dans le second pilier et des éco-régimes dans le premier pilier ».

EST-CE SUFFISANT ?

Pas selon Aurélie Catallo pour qui : « La réforme post-2020 est l’occasion de dessiner une politique agricole et alimentaire de transition ». Le mouvement Pour une autre PAC propose d’aller plus loin que les incitations, par la rémunération des pratiques vertueuses en faveur de l’environnement afin d’enclencher la transition agroécologique. « Les paysans ne seraient pas simplement incités à adopter des pratiques plus écologiques, ils seraient carrément payés pour le faire ».

Bruno Parmentier quant à lui, considère qu’une véritable révolution est nécessaire « La nouvelle PAC devrait aider les agriculteurs à passer d’une agriculture chimiquement intensive à une agriculture écologiquement intensive ». Ce passage pourrait se faire via un système de subvention publique, le deuxième pilier représenterait alors « une aide habile à l’expérimentation agricole sous forme d’assurance et d’investissement ».

LA FUTURE PAC DOIT ETRE EN COHERENCE AVEC LE DEVELOPPEMENT DES PAYS DU SUD :

Ces nombreuses propositions pour « verdir la PAC » ne doivent pas faire oublier la réalité très terre à terre d’une économie globalisée et ses conséquences sur les politiques d’exportations notamment en direction de l’Afrique. Yves Madre, ancien conseiller du commissaire européen à l’agriculture et créateur du think-tank Farm Europe, considère que l’Union européenne a un « devoir » vis-à-vis des pays en développement. « Si on ne répond plus à la hausse de la demande mondiale on sera responsable de la faillite des agricultures en développement. »

« Ce n’est certes pas à nous de nourrir l’Afrique », explique Bruno Parmentier, « mais avec le réchauffement de la planète, les pays riverains du sud de la méditerranée ne produiront plus jamais de quoi nourrir leur population. C’est pourquoi il faut continuer à produire en excédent. Comment l’Egypte qui ne dispose que de 4% de terres cultivables pourrait nourrir sa population autrement lorsque ces derniers espaces seront submergés par la hausse des eaux ? ».

« La future PAC doit être en cohérence avec le développement des paysan.n.es du sud » estime quant à elle madame Catallo. Pour rappel, 65% des terres arables du monde se trouvent sur le continent africain. L’Afrique peut et doit gagner le pari de la souveraineté alimentaire.

LA REFORME N’EST PAS ENCORE PASSEE EN PLENIERE :

Avant les élections européennes, les députés membres de la Commission de l’Agriculture étaient parvenus à un accord sur le texte. Cependant la réforme n’a pas pu passer en plénière. La position du Parlement ne sera donc pas valide tant que le vote ne sera pas pris en compte à Strasbourg. Le risque, avec 60% de nouveaux députés européens, c’est qu’il y ait de nouveau 10 000 amendements déposés. Anne Sander explique : « On a décidé de tenir compte de leur avis mais de simplifier le travail. Les groupes politiques vont se saisir du sujet et déposer des amendements de groupes. Le but c’est d’arriver en plénière avant l’été. Une fois que le Parlement aura sa position il faudra encore qu’on s’entende avec le Conseil et pour l’instant ces derniers ont du mal à avancer car ils attendent aussi un accord sur le budget. »

Carla Frier