Valérie LOZAC’H

Bonjour Madame LOZAC’H, est-ce que vous pourriez me présenter votre Master en quelques mots ?

C’est un Master qui associe politiques européennes et coopération franco-germanique. L’idée quand je l’ai mis en place c’était de constituer une offre complémentaire ou alternative par rapport au Master Politiques européennes en partant du postulat que le franco-allemand était un plus pour les diplômés désireux de travailler en Europe, et réciproquement que la connaissance des affaires européennes était un plus pour les diplômés désireux de travailler dans le franco-allemand.


Quels sont selon vous les 3 mots qui caractérisent votre spécialité?

Je dirais la pluridisciplinarité, l’ouverture internationale et la professionnalisation. Les étudiants qui choisissent ce cursus sont déjà très familiers des échanges franco-allemands, par leur socialisation familiale, leur cursus universitaire antérieur ou leur première expérience de stage. Notre spécialité leur permet d’affiner ce profil professionnel, notamment en suivant des enseignements pratiques dispensés par des acteurs du franco-allemand. Mais en même temps, son inscription dans la Mention Politiques européennes permet de ne pas s’enfermer dans une vision trop étroite de ce secteur professionnel, de favoriser une dimension pluridisciplinaire et internationale : le fait de côtoyer des étudiants originaires de pays différents, de suivre des cours d’ouverture, de participer à des groupes de travail sur d’autres thématiques, etc.


Est-ce que vous pourriez me dire un mot sur le déroulement général de l’année ?

Il est très similaire à celui des deux autres spécialités. On a un même Master avec des déclinaisons, donc pour ce qui est de l’organisation du cursus il y a assez peu, voire très peu de différences, à part certains événements qui concernent plus les étudiants franco-ger et moins les autres. Donc la sélection se fait en Juin/Juillet, la rentrée en Septembre, ensuite un temps intensif de cours jusqu’à la fin du mois de Janvier, qui s’achève avec les examens du premier semestre et la restitution des travaux de groupe en Février. Un certain nombre de cours sont enseignés en langue allemande. C’est une chose à laquelle je tiens également, le fait de travailler sur l’Allemagne en allemand. Nous avons la chance d’avoir ici des enseignants de langue allemande et de pouvoir cultiver cette dimension pour les cours de spécialité. Sinon, le salon franco-allemand, qui se tient chaque année à Strasbourg en Novembre, est le seul événement qui concerne plus spécifiquement les étudiants de la spécialité franco-germanique.

Au second semestre, les étudiants effectuent un stage dans leur grande majorité. Je trouve que les stages illustrent tout à fait la diversité des possibilités de parcours professionnels qui s’offrent aux étudiants de la spécialité franco-ger, et notamment cette double casquette Europe/franco-allemand. C’est-à-dire que l’on a à la fois ceux qui vont plutôt travailler à Bruxelles, dans ou autour des institutions européennes, en utilisant leur connaissance de l’Allemagne, de l’allemand et du franco-allemand comme un plus, et ceux qui vont plutôt se diriger vers les métiers de la coopération franco-allemande ou transfrontalière, pour qui la connaissance des mécanismes européens est importante et constitue un atout pour l’obtention d’un stage dans ce secteur. On a également un certain nombre d’étudiants qui partent faire leur stage en Allemagne.

Vers quel type de professions votre filière peut-elle amener ?

Ils sont nombreux à travailler dans la coopération franco-allemande et transfrontalière : Arte, l’EuroInstitut, l’EuroDistrict, dont la secrétaire générale est une ancienne du Master. Tout ce qui touche aux échanges culturels et scientifiques entre les deux pays est particulièrement prisé par nos diplômés. L’Allemagne offre toute une série de débouchés au sein d’institutions privées, du type fondations, centres d’études, instituts de recherche, etc., spécialisées dans la production d’expertise, auxquelles nos diplômés peuvent apporter leurs compétences. Les services de coopération franco-allemande ou internationale en matière d’enseignement et de recherche dans les universités constituent également des débouchés pour nos diplômés.

Selon vous quelles sont les principales qualités requises pour intégrer le Master ?

Il y a d’abord les pré-requis généraux pour intégrer le Master politiques européennes, qui sont l’ouverture à l’international, l’appétence pour la pluridisciplinarité, la maîtrise de l’anglais. L’objectif n’est pas de former des experts techniques de l’Europe et du franco-allemand mais de favoriser l’acquisition d’une posture réflexive à l’égard de l’Europe et de sa construction, mais aussi de la coopération franco-allemande. Par exemple avoir une affinité pour l’Allemagne parce qu’on a un parent allemand ou qu’on a grandi près de la frontière, et dire « le franco-allemand je suis tombé dedans quand j’étais petit », c’est très bien mais cela n’est pas suffisant car on attend des étudiants qu’ils deviennent des professionnels du secteur, et donc qu’ils acquièrent des savoir-faire mais aussi qu’ils développent une capacité analytique et critique. C’est ce qui leur permettra d’évoluer et de progresser professionnellement.

Il faut bien sûr également pouvoir attester d’un niveau courant en allemand, être capable d’écrire, de s’exprimer et de débattre dans cette langue. C’est un pré-requis auquel on ne peut déroger. Généralement je prends en considération le fait d’avoir été en Allemagne au moins 6 mois ou un an, soit en Erasmus, en stage, ou pour un travail d’été…

Avez-vous beaucoup d’étudiants qui font de la recherche à l’issue du Master franco-ger?

Il n’y en a pas énormément, ce sont plutôt des exceptions. Mais ils sont peut-être un peu plus nombreux que dans les spécialités SESI et PEAP, parce que la thèse ne débouche pas nécessairement sur une carrière académique en Allemagne : être « docteur » permet d’occuper certaines positions importantes dans la fonction publique ou dans les entreprises. Donc on a des étudiants qui font une thèse, mais pas obligatoirement de la recherche sur le long terme, mais plutôt parce que cela constitue une stratégie de positionnement sur le marché de l’emploi allemand.

Avez-vous un conseil avisé aux étudiants actuels pour réussir leur année?

Ne pas désespérer ! Travailler de manière régulière, essayer de ne pas perdre de vue cette dimension réflexive et, cet esprit critique, en dépit d’un premier semestre très dense. Le risque c’est d’avoir un peu « le nez dans le guidon » et de ne pas prendre le temps pour réfléchir. Et travailler ensemble, je pense que c’est important. Pour que les groupes de travail fonctionnent, il faut se plier aux exigences du collectif. Ce cursus est difficile mais il ne met pas les étudiants en compétition. C’est en jouant le jeu de la coopération qu’on tire le mieux partie de son année, et c’est quelque chose que l’on retrouve plus tard dans le milieu du travail. Le jeu du collectif, on essaie de le favoriser au sein des promotions mais aussi en dehors, avec les anciens étudiants par exemple. C’est ce qui produit les meilleurs résultats. S’épauler et se soutenir c’est aussi ce qui permet de vivre au mieux ces 6 mois très denses !

By | 2017-01-16T19:40:41+00:00 January 15th, 2017|Homepage, INTERVIEW, Professeur|0 Comments