INTERVIEW

14.10.2017

MARIE COLOMBANI

Collaboratrice du groupe d’opposition à la Marie de Strasbourg

Diplômée de la promotion 2017 du Master PEAP, Marie revient aujourd’hui sur son parcours universitaire et professionnel.

Nous lui avons posé quelques questions sur son parcours et sur les apports du Master Politiques Européennes.

Master : Politiques Européennes et Affaires Publiques (PEAP).

Stage de fin d’études : CDD auprès du groupe d’opposition à la Mairie de Strasbourg.

Job Actuel : Collaboratrice du groupe d’opposition à la Mairie de Strasbourg.

Pouvez-vous vous présentez rapidement ?

Je suis Marie Colombani, fraîchement sortie du Master PEAP en février 2017 et sur le point de recevoir mon diplôme en décembre. J’ai grandi à Marseille puis ai déménagé à Strasbourg après mon bac pour suivre le cursus de l’IEP. Un retour aux sources très agréable puisque c’est la ville où je suis née ! J’ai suivi les deux premières années du cycle général sans pouvoir véritablement décider quelle filière de Master pourrait me convenir. J’ai effectué plusieurs stages me destinant plutôt à une filière administration publique (cabinet parlementaire, cabinet de Maire, journalisme) et mes engagements associatifs étaient très largement orientés vers l’UE et l’international. J’obtenais de meilleurs résultats académiques en économie et en gestion.

Pour la troisième année à l’étranger, je suis partie à Mayence (Mainz, DE) où réside une partie de ma famille et où j’ai pu perfectionner mon Allemand à un niveau C1. Je ne l’entretiens que très peu aujourd’hui mais la langue revient parfaitement après quelques heures de pratique. En quatrième année, je suis finalement entrée en filière Droit et Administration publique et j’ai effectué un stage au cabinet du Préfet du Bas-Rhin, avant d’intégrer le M2 PEAP pour la cinquième année. Ce qui caractérise le mieux mon profil reste cependant mon activité associative à l’échelle européenne.

Aviez-vous une expérience de l’UE avant de commencer le Master PE ?

Outre la troisième année d’IEP à l’étranger effectuée à Mayence, je retiens deux expériences de l’UE.

Tout d’abord, en tant qu’adolescente, j’ai fait partie d’un choeur à voix mixtes relativement réputé, qui m’a permis de faire plusieurs tournées de chant en Europe. En particulier en 2008, où une tournée nous a menés de Marseille à l’Italie, l’Autriche, la Slovaquie, la République tchèque et l’Allemagne. Traverser les frontières entre Etats européens en bus à cet âge-là n’a pas de prix.

Ensuite, je retiens l’expérience la plus marquante de mes années étudiantes : mon engagement au sein du réseau “Bringing Europeans Together Association” (BETA). Ce réseau organise des simulations du jeu politique européen dans plusieurs villes d’Europe (Strasbourg, Milan, Varsovie, Tallinn, Glasgow, Sofia, Grenade, Kiev, Lisbonne), permettant chaque année à plus de 1.000 jeunes de s’immerger dans les politiques européennes. Parmi ces simulations, le Model of European Union Strasbourg est la plus ancienne et fêtera en 2018 sa douzième édition. Pendant 8 jours, 200 jeunes Européens sont sélectionnés pour débattre, au Parlement européen, de deux véritables propositions de la Commission européenne. Ils jouent le rôle d’eurodéputés, de Ministres du Conseil, ou encore de lobbyistes, de journalistes et même d’interprètes, puisque le Parlement européen nous autorise l’accès aux cabines d’interprétariat. Après avoir été participante de l’édition 2015, j’ai rejoint l’équipe d’organisateurs en 2016 comme “Institutions Liaison Officer” (en charge des relations avec le Parlement, la Commission, les groupes politiques, …). En 2017, je coordonnais l’organisation logistique de l’événement avec une équipe d’étudiantes de l’IEP. Pour l’édition 2018, je suis en charge du budget et de tous les aspects financiers (dont gestion de fonds européens Erasmus +). Le réseau BETA est définitivement l’élément incontournable qui a terminé de me convaincre de viser une carrière en lien avec l’Union européenne.

Comment avez-vous eu connaissance du Master ?

J’ai eu connaissance du Master par le biais d’amis de l’IEP qui y avaient étudié avant moi, notamment dans les spécialités SESI et PEAP. Bien entendu, je me suis également documentée grâce aux plaquettes de présentation disponibles en ligne.

Quels seraient pour vous les 3 mots qui définissent le Master et ce qu’il vous a apporté ?

Je donnerai plutôt 3 expressions :

  • Innovation pédagogique (pour ce qui concerne la méthode)
  • Diversité des angles d’approche (pour ce qui concerne les contenus)
  • Professionnalisation (pour ce qui concerne la structure)

Si vous aviez l’occasion de changer quelque chose dans votre parcours universitaire, qu’est-ce que ce serait ?

Le point noir de mon parcours universitaire reste l’absence de diplôme de licence intermédiaire. Ceci est dû à la structure des études à l’IEP, qui ne sont diplômantes qu’en 5 ans. Sans entrer dans les débats internes qui entourent cette question, je conseille à tous les étudiants du cursus IEP de s’inscrire dans une licence parallèle en faculté. L’enjeu est de pouvoir obtenir cette licence avant le mois d’août précédant la rentrée dans le Master PE. A cette condition, il vous sera possible de vous porter candidats aux stages Bluebook de la Commission européenne (appel clôturé en août), puis aux stages Schuman du Parlement européen (appel clôturé en octobre), qui débutent à la période correspondant à votre période de stage. Il me semble absurde que les étudiants du Master PE ayant fait un cursus complet d’IEP ne puissent pas à ce jour être retenus pour ces stages à cause de l’absence de licence intermédiaire.

Pensez-vous que le Master est reconnu par les futurs employeurs ?

Ma réponse générale est un grand OUI ! Néanmoins, c’est un oui très nuancé. Le Master PE n’est pas le Graal que peut être un diplôme de Sciences Po Paris à l’échelle nationale, ou un diplôme du Collège d’Europe dans la sphère européenne. Je vois plusieurs pistes de réflexion et d’amélioration.

A l’échelle nationale française, le Master devrait accentuer sa communication sur son rattachement à Sciences Po et à la pluridisciplinarité (qui reste réelle dans le Master PE). La caractéristique dominante pour les futurs employeurs en France me semble, en effet, plus le label Sciences Po que le contenu européanisant du Master.

A l’échelle européenne, le Master devrait en revanche faire un gigantesque effort de communication en Anglais (sur les contenus en ligne notamment) et un benchmarking de bonnes pratiques, y compris en termes de contenus pédagogiques, par rapport aux autres Masters d’European studies. Nous sommes en effet en concurrence avec une grande variété de ces Masters, sans que le Master PE ne puisse se détacher particulièrement à mon sens.

Avez-vous eu des difficultés en termes de recherches de stage ou d’emploi après le Master? Comment les avez-vous surmontées ?

Je n’ai pas rencontré de difficultés particulières jusqu’à présent, mais je ne suis pas l’exemple le plus représentatif car j’ai été recrutée en CDD immédiatement après les examens de février, dans un domaine sans lien avec les politiques européennes mais plutôt avec les affaires publiques.

Avez-vous des conseils pour les étudiant.e.s du Master pour leur recherche de stage / emploi ou pour leurs entretiens ?

La recherche de stage idéale commence pour moi dès les vacances de Toussaint : il s’agit d’envoyer quelques candidatures, parfois juste un CV, pour le principe de la démarche. Cela permet de passer un cap psychologique… et de s’habituer aux premiers refus en douceur (car il y en aura certainement) !

Je conseillerais ensuite de se concentrer sur des candidatures plus élaborées, plus triées et plus stratégiques, aux alentours du mois de décembre. L’investissement sur une candidature paraît plus raisonnable puisque des offres intéressantes sont susceptibles de commencer à sortir pour la période qui vous intéresse (mars – septembre).

Il faut selon moi continuer les candidatures jusqu’à ce qu’une piste sérieuse se dégage (au moins un voire plusieurs entretiens) ou, à défaut, continuer y compris pendant la période d’examens. Un dernier conseil : ne pas avoir peur de ne commencer à rechercher un stage que plus tardivement, selon son mode de gestion du temps : les conditions les plus extrêmes de validation vous permettent de réaliser un stage de 3 mois minimum jusqu’à fin septembre maximum (soit juillet – août – septembre dans le pire des cas). Aucune inquiétude à avoir donc si vous n’avez encore aucune piste concrète au mois de mars, vous pouvez encore trouver quelque chose, voire peut-être une offre plus intéressante que celles sorties en janvier.

Aujourd’hui vous êtes collaboratrice du groupe d’opposition à la Mairie de Strasbourg: Comment avez-vous obtenu ce poste ?

Mon recrutement sur ce poste a eu lieu de manière plutôt inattendue. En effet, j’ai été recrutée sur un CDD s’étendant d’avril 2017 à mars 2019, et les premiers mois de travail ont tenu lieu de stage de fin d’études.

Au mois de janvier (pendant le voyage à Bruxelles !), j’ai été contactée directement par Fabienne Keller, sénatrice du Bas-Rhin et présidente du groupe d’opposition à la Mairie de Strasbourg. Elle recherchait un assistant “senior” à temps plein pour encadrer une équipe de deux assistants “junior” à mi-temps et assister les douze élus du groupe d’opposition dans les affaires municipales. J’ai dû passer quatorze entretiens ! avec élus et assistants entre janvier et mars, avant d’être retenue. L’appel initial de Fabienne Keller se basait d’ailleurs sur une recommandation d’un ancien étudiant du l’IEP, avec qui j’avais eu l’occasion d’échanger lors du gala du Master PE en décembre ! Un appel inattendu qui montre comment le réseau peut se révéler utile.

Pouvez-vous nous décrire une journée type dans votre travail ?

Cette question n’est malheureusement pas adaptée à mon rythme de travail, dont les cycles se déroulent plutôt à l’échelle d’un mois et d’une semaine. Le travail est rythmé, toutes les 4 ou 5 semaines, par la tenue du Conseil municipal, organe politique délibérant. Il est précédé une semaine auparavant d’une Commission plénière, dont les réunions sont fermées à la presse ou au public bien qu’elles reprennent le même ordre du jour que le Conseil à suivre. L’ordre du jour ne nous parvient que 3 à 4 jours avant la Commission plénière. La deuxième semaine de chaque mois est la plus intense car nous devons décortiquer des ordres du jour avoisinant parfois les 70 points et plus de 1000 pages, sans aide des services municipaux puisque nous sommes un groupe d’opposition. L’enjeu est de synthétiser l’ensemble pour les élus qui prendront la parole en plénière puis en Conseil. Ces jours précédant la Commission plénière sont également utilisés pour la production d’interpellations (l’équivalent des QAG à l’échelle municipale) : elles doivent parvenir par écrit au cabinet du Maire et seront posées oralement en séance publique du Conseil.

La vie du groupe se structure également autour de ces temps forts, car une réunion de groupe précède chaque plénière et chaque Conseil : il s’agit d’un moment de mise en cohérence des positionnements de chacun, sans toutefois qu’une discipline de groupe ne s’applique strictement. Le travail est également rythmé, à l’échelle d’une semaine, par certaines récurrences : nous travaillons beaucoup en lien avec l’actualité municipale, autour des compétences de la Ville. Les élus du groupe réagissent à l’actualité par voie de tribunes presse ou communiqués de presse, mais se montrent également forces de propositions. Il n’y a donc pas de journée type dans ce travail, mais plutôt des cycles qui se superposent.

Quels sont selon vous les atouts d’un.e élève de l’IEP pour ces missions?

Les atouts d’un.e élève formé à l’IEP sont pour moi :

  • La polyvalence : l’EGE permet une meilleure appréhension des budgets et comptes administratifs. Le droit public évidemment (en particulier droit administratif, de l’urbanisme, de l’environnement), sont absolument essentiels pour toutes les questions de planification urbaine, travaux publics, plan local d’urbanisme, etc. Les matières telles que la sociologie politique permettent un degré de lecture différent des jeux politiques internes, avec une hauteur de vue qui n’est pas désagréable.
  • La capacité de rédaction / capacité à s’approprier le style d’un élu : il s’agit d’un véritable exercice de style (appréhender fond et forme et rédiger pour un orateur spécifique).
  • La capacité de synthèse : il s’agit de rendre intelligibles et maniables des notions et dossiers a priori particulièrement indigestes.

Pouvez-vous nous donner une grille de salaire ?

Une question qui tue ! Mais j’y réponds car il est temps de surmonter le tabou de la rémunération comme les pays anglo-saxons ont su le faire avant nous.

J’ai été recrutée à un moment où je n’étais formellement pas détentrice d’un niveau Master 2 (mais seulement d’un niveau Bac !), à un salaire net de 1600€ nets par mois. Par la suite, j’ai bénéficié d’une augmentation à l’issue de ma période d’essai qui me porte au-dessus de 2000€ nets par mois. Les barèmes de rémunération en tant que contractuels de la fonction publique territoriale sont indexés sur les indices de la fonction publique correspondant aux grades les plus proches de nos fonctions.

By | 2017-12-11T11:39:45+00:00 December 11th, 2017|Alumni, Homepage, INTERVIEW, Secteur privé|0 Comments