Promouvoir l’Europe

17.01.2018

Why Europe?

Rencontre avec Aurélien Pommier

Les étudiants du Master Politiques Européennes de Sciences Po Strasbourg ont rencontré Aurélien Pommier, membre de WhyEurope, une association de jeunes récemment primée par les institutions européennes pour leur communication assertive.

WhyEurope, parce que… ?

Parce qu’on est un groupe de jeunes étudiants qui veulent communiquer l’Europe autrement. Réseaux sociaux et site web nous permettent de nous adresser au grand public. Créée au lendemain du Brexit, WhyEurope s’attache à faire ce qu’on appelle du populisme positif. Dans un monde où il existe une asymétrie entre les nombreux acteurs qui communiquent contre l’Europe et ceux, peu nombreux, qui élèvent leur voix pour la défendre, WhyEurope rétablit une forme d’équilibre à la faveur de ces derniers.

On a tous vingt-quatre heures dans une journée et rien de plus. Pourquoi cette forme d’engagement et pas une autre ? Comment vingt-deux jeunes sont-ils tombés dans cette marmite ?

WhyEurope c’est un peu comme une maison commune. C’est parler d’Europe mais différemment, c’est le faire d’une façon plus sympathique, plus amusante aussi, tout en ayant un réel impact. C’est pouvoir apporter sa pierre à l’édifice dans un cadre flexible, facilement conciliable avec votre vie privée.

Vous évoquiez la notion de populisme positif. Quelle définition en donnez-vous ?

Le populisme positif est une réponse au déficit de compréhension et d’éducation sur les enjeux européens qui caractérise nos sociétés. Il s’agit de se battre à armes égales avec les populistes en empruntant les mêmes moyens d’action. En d’autres mots, nous avons recours à une communication simplifiée, concrète et émotionnelle, avec des contenus souvent engageants. Nous cherchons à rompre avec la communication bien trop complexe qui provient des institutions européennes et des instances inter-étatiques. Cependant, à la différence des autres formes de populisme, le populisme positif encourage le débat et la réflexion. Nos publications sont appelées à déclencher des critiques constructives pour entamer un véritable dialogue. On veut faire réagir pour mieux débattre et ramener les voix européennes sur le devant de la scène.

Vous prétendez toucher le grand public, mais est-ce réellement possible ? Croyez-vous vraiment que votre audience cible est composée de personnes lambda ?

Toucher le grand public c’est notre objectif, notre ambition. Bien sûr, force est de constater que ce n’est pas encore une réalité. Dans les événements auxquels nous participons, nous touchons principalement un public jeune et déjà sensibilisé aux enjeux européens. Ce n’est donc pas n’importe qui. On est une association de jeunes qui parlent aux jeunes, tout simplement.

Justement, face à la multiplicité des langues parlées en Europe, quelle stratégie avez-vous choisie pour toucher ce grand public ?

La barrière de la langue est particulièrement haute quand on communique au niveau européen. Dès lors, simplifier les choses, c’est aussi parler aux gens dans une langue qu’ils comprennent. On ne communique pas qu’en anglais mais dans plusieurs langues. Notre équipe compte vingt-deux membres issus de dix pays différents, pour un total de quatorze langues parlées. On a longtemps eu des pages nationales pour la Hongrie, l’Allemagne et la France. Depuis peu, nous avons fait le choix de publier tous nos contenus via une seule et même page, tout en gardant la diversité linguistique qui primait jusqu’alors.

Et en termes de marketing, quelles stratégies adoptez-vous pour toucher toujours plus de citoyens européens ?

On a déjà « boosté » notre page grâce à l’option dispensée par Facebook, mais pas excessivement. En l’occurrence, c’était plutôt pour booster des pages nationales et cela s’est fait avec nos deniers personnels. On a un trésorier depuis très peu de temps, signe qu’on se professionnalise, notamment à la suite du prix que l’on vient de gagner. On a d’ailleurs dû recruter plus de membres. Au départ, WhyEurope c’étaient deux personnes. Aujourd’hui nous sommes vingt-deux. On a désormais une base légale établie en Allemagne et nous venons d’ouvrir un compte bancaire. La prochaine étape, c’est de s’ouvrir aux dons, pour peu qu’ils ne proviennent pas d’institutions pouvant mettre en danger notre indépendance. Dans un souci de transparence, la liste de tous les donateurs majeurs sera publiée.

Vous parlez de transparence et d’impartialité. S’amuser avec l’Europe, mais avec quelle indépendance ?

Contrairement à ce qu’a insinué Marine Le Pen en session plénière, WhyEurope n’est en rien un outil de propagande. Nous sommes indépendants. On n’a pas de bureaux à Bruxelles et encore moins de financements européens. Nos relations avec les institutions se limitent à notre participation à des conférences et des remises de prix comme ce fut le cas récemment. Bien sûr, les institutions n’ignorent pas notre existence, mais nous n’obtenons d’elles aucun passe-droit ni subvention.

Parler d’Europe, qui n’est pas la moins complexe des choses, est-ce vraiment à la portée d’un groupe d’étudiants ?

Nous sommes des étudiants qui portent un message, pas des experts. Parfois, on se trompe mais ce n’est pas grave, on apprend. Dans le fond, ce qui compte c’est de rester ouvert au débat, c’est même la condition première de notre indépendance. Quand la Commission européenne lit nos publications et remarque qu’un top commentaire est très critique c’est tant mieux car cela permet de faire bouger les choses. A cet effet, nous censurons le moins possible les commentaires reçus. Il nous arrive de militer pour une prise de parole, comme c’est par exemple arrivé à propos de la neutralité du net. Nous ne sommes pas leur porte-voix. Nous les interpellons.

Et en termes de modération, comme effectuez-vous les arbitrages ?

Il n’est pas rare que des militants d’extrême droite viennent nous « troller ». Pour autant et pour peu que cela n’incite pas à la violence ou à la haine, nous les laissons s’exprimer sans restriction. Après tout, c’est le jeu de la démocratie et c’est aussi un moyen d’influencer les décideurs européens : les critiques doivent être visibles. Quand c’est infondé, calomnieux, quand ce n’est pas constructif, alors on invite les internautes à proposer quelque chose de plus constructif. Nous ne procédons à la suppression des commentaires qu’en cas de force majeur. Par ailleurs, il nous est déjà arrivé de republier un contenu après avoir pris note qu’il existait une meilleure manière de l’aborder grâce aux commentaires formulés par les internautes.

Si je vous dis que vous n’êtes que des euro-béats déconnectés de la réalité, stigmatisation à laquelle vous devez sans doute être régulièrement exposée dans votre communication, qu’avez-vous à dire pour votre défense ?

Est-ce qu’on est des euro-béats ? Non. Mais on nous prend pour des euro-béats ! Certes, nous sommes pro-Europe, on ne s’en cache pas. Néanmoins, nous ne sommes pas là pour faire la promotion de l’Union européenne. Ce n’est pas notre mission : l’Europe, nous la critiquons.

Et puis on parle aussi d’autres choses, des choses qui n’ont rien à voir avec l’UE. Par exemple, nous nous intéressons à des pays non-membres de l’Union, à des actions locales, régionales, aux positions prises par le Conseil de l’Europe, mais aussi à la culture ou encore la nourriture. On est dans le concret. On essaie d’amener l’Europe au plus près des gens, « online » comme « offline ». Et nous ne sommes pas seuls dans cette aventure : il y a plein d’autres mouvements pro-Europe.

Est-ce que le problème n’est pas là en fait : comment tenir un discours pro-Europe sans passer pour un idéaliste ? N’as-tu pas un peu l’impression d’être un publicitaire ?

Les gens sont réticents devant le terme de « populisme positif ». Certains prônent des méthodes plus classiques telles que l’enseignement et voient le populisme positif comme un abaissement. Si on là, c’est parce qu’on a vocation à améliorer les choses avec cette méthode que l’on croit adaptée. Franchement, on disparaîtrait avec grand plaisir si on n’avait plus besoin de nous !

Le travail de recherche pour produire du contenu en continu ne doit pas être une mince affaire. Pourriez-vous nous dévoiler le secret de votre méthode de travail ?

Notre méthode est très simple : chacun vient avec une idée et la porte jusqu’au bout, jusqu’à passer l’étape d’évaluation par les pairs pour obtenir l’approbation. Pour la petite Histoire, ma première publication concernait la possibilité de voyager avec son animal de compagnie grâce au passeport européen ! On réagit autant que possible à l’actualité, que ce soit pour parler des extrapolations sur le supposé bannissement des kebabs ou sur le glyphosate, pour lequel nous avons convenu de formuler une question ouverte pour que tout le monde puisse se faire son propre avis. Ceci-dit, le processus reste flexible : j’avais soumis l’idée des « chemins de randonnées européens » et un autre membre du groupe l’a mené à bien.

Trouver régulièrement du contenu vantant les mérites de l’Europe, est-ce difficile ?

Et bien non ! A vrai dire, on trouve assez facilement des arguments en faveur de l’Europe. J’en veux pour preuve qu’en un peu plus d’un an d’existence, nous n’avons jamais été à court de contenu. On trouve aisément des directives et des communiqués officiels qui impactent directement les citoyens. Je dirais que le problème est davantage l’accès à l’information : le commun des mortels ne passe pas ses week-ends sur EUR-Lex ! L’Union est transparente en ce qu’elle propose un contenu. Mais ce contenu n’est pas compréhensible pour tout un chacun. Par exemple, l’accès à un compte en banque est de droit pour tout le monde en Europe mais bien peu de gens sont au courant, la faute au jargon juridique employé. En fin de compte, on ne trouve l’information que si on la cherche. C’est ce que l’on fait et ça fonctionne bien. La question tourne surtout autour de la manière dont la mesure s’applique au citoyen dans son cas particulier, par exemple pour moi, habitant à Strasbourg.

Aujourd’hui tu es étudiant. L’année prochaine, si tu te lances dans la vie active, qu’en sera-t-il de ton engagement au sein de WhyEurope ?

On est très ouvert, il y a peu de règles établies en interne car nous sommes encore jeunes. La structure légale vient d’être créée mais l’adhésion à cette structure relève du volontariat. Il y a en fait bien peu d’obligations. La seule véritable condition c’est d’être jeune dans sa tête ! Cette année, mon emploi du temps est déjà très chargé mais ce n’est pas une barrière puisque l’on travaille en ligne, aux horaires qui nous conviennent, avant de le faire vérifier par nos pairs. Évidemment, je compte bien rester même si, à long terme, il faudra laisser ma place car c’est une association de jeunes pour des jeunes : les plus âgés ont vingt-quatre ans et les plus jeunes dix-huit ans.

Qu’est-ce qui, selon toi, différencie WhyEurope d’autres associations en termes de positionnement ?

Il y a des pages de « memes » et des pages comme « My country ? Europe. », qui abordent l’Histoire européenne, traitent du fonctionnement des institutions ou encore des paysages européens, sur un modèle qui reste bien distinct du notre. Je ne pense pas que l’on soit en situation de monopole mais la manière dont on fait du populisme positif est assez unique. On a créé WhyEurope 2.0 pour le prix que nous venons de recevoir et on a pu observer une reprise de nos modèles par d’autres acteurs pro-européens : l’influence est là.

Par Clément Carreau

By |2018-10-06T15:12:13+00:00January 17th, 2018|Communication, CONTENT|0 Comments