Travailler en Europe

04.02.2018

Le milieu du transfrontalier

Quelle journée type?

Les politiques transfrontalières constituent un débouché important du Master Politiques Européennes, et notamment de sa spécialité franco-germanique. Les frontières de la région Grand-Est avec l’Allemagne et le Luxembourg notamment sont porteuses de nombreux projets de coopération où divers acteurs interagissent. Différents métiers et organisations recrutent régulièrement des étudiants du Master. Quelle journée type sont-ils amenés à connaître dans ce secteur ?

Le transfrontalier, un secteur diversifié

Le travail dans le secteur transfrontalier s’est progressivement développé. D’abord liées à des questions relatives aux travailleurs notamment, ces politiques se sont peu à peu élargies pour inclure de nouveaux projets, culturels, éducatifs voire sanitaires par exemple. Les acteurs qui gravitent donc dans ce milieu sont nombreux et leurs missions diverses.

Mischa Schelmter, chargé de mission sur la politique culturelle transfrontalière et européenne, confirme cette forte diversité du secteur : « j’ai appris à connaître le secteur transfrontalier comme un univers très diversifié, qui englobe, aujourd’hui, la quasi-totalité des acteurs en présence, de très nombreux domaines d’intervention et où se côtoient toute sorte de métiers et de types d’activités. » Ces acteurs qui se rencontrent sont nombreux : villes, régions, communes, associations et entreprises de chaque côté des frontières, parlant plusieurs langues.

Les politiques transfrontalières suivies ne sont également pas sans manquer de diversité, comme nous l’indique Alain*, chargé de mission sur le transfrontalier dans le secteur public. Rien qu’au sein des deux départements alsaciens sont notamment étudiés les dossiers liés à INFOBEST, EURES-T, INTERREG, ISA Basel 2020 ou encore l’Eurodistrict tri national de Bâle. Elargir à la région Grand-Est multiplie d’autant plus le nombres de dossiers à suivre. Autant de dossiers donc qui méritent un accompagnement permanent par les travailleurs publics et privés de ce secteur.

Quelle organisation du travail ?

Avec une telle nébuleuse d’acteurs et de dossiers, ce sont autant d’organismes qu’il incombe de rencontrer. La diversité des politiques transfrontalières est pourtant considérée comme l’un des atouts du métier par de nombreux professionnels. Comme nous l’indique Alain*, travailler dans ce secteur permet de jongler d’un dossier à l’autre donc « les journées ne se ressemblent pas, c’est d’ailleurs un des avantages d’une telle fonction ».

Pourtant, comme dans tous métiers, certaines tâches reviennent régulièrement. La rédaction par exemple occupe une place prédominante dans cette profession : courriers, fiches de synthèse, comptes rendus et notes sont des tâches qui se répètent, parfois même dans différentes langues.

Alice Anquetin, diplômée de la spécialité franco-germanique en 2015, a d’abord effectué son stage de fin d’études à l’hôpital de Wissembourg où elle y a par la suite obtenu un CDD en tant que chargée de la coopération transfrontalière, de la communication et du projet d’établissement. Elle occupe maintenant un poste de cheffe de projets transfrontalier et de responsable du pôle de formation transfrontalier entre l’HTW Saar et le CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) où elle coordonne notamment un projet Interreg. Ces tâches rédactionnelles sont bien présentes dans son quotidien : « je commence souvent mes journées à passer en revue les mails à traiter, comptes rendus à rédiger, traduire, valider, faire valider par les partenaires et relancer les partenaires pour des documents ou pour transmettre des informations ».

Evidemment, les relations avec les partenaires d’un projet occupent la majeure partie du temps dans le transfrontalier. A chaque étape des projets, les informations doivent être partagées, validées et traduites. Le temps passé à rencontrer d’autres acteurs en réunion est donc important. Groupe de travail, stratégie du projet, comité de pilotage du projet ou encore rendez-vous avez des universitaires et participation à des conférences sur le sujet sont autant d’occasion de passer du temps sur la gestion de projet.

Les rencontres font également partie du travail transfrontalier en dehors même de la gestion de projets. Certains acteurs organisent régulièrement des évènements de networking. Alice participe par exemple de temps en temps à « des petits déjeuners transfrontaliers sur des thématiques diverses, nous avons parfois des rencontres avec des journalistes ou avec de potentiels futurs partenaires ». Ces rencontres permettent à la fois de faire la connaissance de nouveaux acteurs ou d’entretenir des liens et de monter de nouveaux projets financés par Interreg ou d’autres programmes européens.

Un exemple de journée type de A à Z avec Alice à la Cnam en Grand-Est : « si je prends ma journée d’hier, c’est plutôt un bon exemple : nous avons travaillé 2 heures avec deux partenaires pour une action particulière du projet, avons ensuite tenu un stand au restaurant universitaire d’un des partenaires pour faire connaître notre projet auprès des étudiants et présenter les possibilités offertes pour eux, je suis ensuite retournée au bureau pour préparer la présentation du prochain comité de pilotage du projet et la faire valider par les chargé.e.s de projet des autres partenaires et enfin j’ai commencé à rédiger une note de synthèse pour le recrutement d’un volontaire européen ».

La particularité des compétences transfrontalières

Rédaction de synthèses, réunions, rencontres et négociations, le milieu professionnel transfrontalier offre a priori une journée type similaire à d’autres secteurs. Des tâches identiques certes, mais qui demandent des compétences particulières.

L’aspect linguistique et culturel de la profession évidemment n’est pas à négliger, comme le rappel Mischa Schmelter : « la particularité comparée à la “journée type” sur le plan national résiderait donc, à mes yeux, dans la nécessité de concilier différentes langues et cultures organisationnelles ». Savoir switcher d’une langue à l’autre donc mais aussi d’un système juridique et procédural à l’autre est donc essentiel dans ce milieu.

La compétence linguistique est primordiale pour être efficace à son poste. Non seulement beaucoup de réunions ont lieu en français ou allemand, mais il faut également oser faire de la publicité pour son projet dans une autre langue, lors de participation à des salons par exemple.

A noter également que travailler dans le secteur transfrontalier requiert d’avoir un esprit de compromis. Comme l’indique Mischa Schmelter, l’un des défis du milieu est parfois de réussir à faire converger différents intérêts et de sortir du statut quo afin de pouvoir avancer sur un projet impliquant des acteurs qui n’ont parfois pas les mêmes priorités. Savoir manager une équipe et coordonner les partenaires et ainsi un défis permanent qui nécessite des compétences relationnelles importantes.

Travailler dans le secteur transfrontalier demande enfin d’acquérir quelques compétences budgétaires comme le note Alice : « une fois par trimestre, je passe aussi un peu de temps pour les déclarations de créances et mettre tous les documents et justificatifs avant le contrôle des dépenses par notre contrôleur de premier niveau et les autorités Interreg ensuite. Régulièrement, je valide aussi des factures et suit le budget du projet. »

Le Master Politiques Européennes, un pourvoyeur de compétences transfrontalières

Diplômée de 2015, Alice Anquetin a déjà un parcours riche après être sortie du Master il y a seulement deux ans. C’est justement ce qui fait la force de la formation selon elle puisqu’elle permet de « faire des choses super, concrètes, avec des responsabilités en sortant tout juste du Master ».

Des responsabilités et de l’autonomie rapidement, c’est ce que peut offrir le Master à son terme. D’autant plus que, comme le souligne Alice, notre formation est particulièrement réputée et reconnue ; elle nous confie avoir rencontré « beaucoup de personnes qui ont fait ce Master ou qui le connaissent en tout cas. Le long des frontières en Alsace ou plus vers la Rhénanie et la Sarre il est réputé ».

La formation offerte par le Master Politiques Européennes est ainsi non seulement réputée mais prépare les étudiants à effectuer les missions propres à ce secteur. L’organisation, avant tout, sera requise pour celles et ceux qui envisagent une carrière dans le transfrontalier pour, par exemple, n’oublier aucune signature, invitations ou deadline.

Si quelques compétences du secteur paraissent plus difficilement appréhendables, comme la gestion comptable, il incombera aux étudiants d’être ouverts à de nouveaux apprentissages. « Personnellement, je n’avais que des compétences très limitées dans ce domaine » note Alice, « je n’étais pas forcément très rassurée de devoir gérer un budget et finalement, c’est une partie du travail qui me plaît bien ».

*Le nom a été changé

Par Blandine Camus

By |2018-10-06T15:12:11+00:00February 4th, 2018|CONTENT, Transfrontalier|0 Comments