Parler d’Europe

18.12.2017

L’Europe, un discours mal adapté ?

Comment mieux parler d’Europe ?

Abstention aux élections européennes, euroscepticisme, incompréhension face à certaines politiques …. le fossé semble se creuser entre l’Europe et ses citoyens. Pourtant, de nombreuses avancées quotidiennes ont été impulsées par l’UE tandis que d’autres politiques, vivement critiquées par les médias nationaux, ne sont pas le fruit du processus décisionnel européen. Dans ce contexte, comment mieux parler d’Europe aux citoyens? Cette question faisait notamment l’objet d’un atelier aux Rendez-vous Européens 2017. Retour sur cette question qui passionne les étudiants du Master Politiques Européennes qui se destinent à des carrières journalistiques.

L’Europe et les citoyens, un fossé trop profond?

«L’Union européenne passe son temps à parler du diamètre des concombres». Si les citoyens se réjouissent de pouvoir traverser certaines frontières comme bon leur semble, et, ce faisant, de ne pas payer de frais d’itinérance supplémentaires, ils n’ont, pour autant, pas connaissance du rôle de l’UE dans ce genre d’ouverture transfrontalière.

L’abstention record aux élections européennes illustre pleinement le manque d’information et la méfiance envers l’Europe. Strasbourg a accueilli lors de ses Rendez-Vous Européens mercredi 29 novembre, un atelier sur le thème « Comment mieux parler d’Europe ». Les intervenants présents ont proposé des pistes pour soigner cette mauvaise réputation.

Malgré les efforts de communication de la part de l’UE, le citoyen n’aurait sous les yeux que la multitude d’institutions, d’agences et de fonctionnaires régissant cette grande inconnue. Les dernières générations qui ont toujours bénéficié des avantages liés à l’espace Schengen par exemple, ne mesurent pas l’impact des décisions prises à Bruxelles sur leur environnement. La première génération a, quant à elle, connu la construction européenne, et garde en mémoire la guerre, les tensions entre pays voisins. Elle réalise donc davantage le besoin de rapprochement et les avancées réalisées.

Selon François Laval, directeur du campus européen franco-allemand de Nancy, l’effort doit être porté sur la jeunesse. « Il est nécessaire de rappeler aux jeunes, qu’il y a 100 ans, ils auraient été dans les tranchées en train de se massacrer. » Il souligne par ailleurs le problème de la défaillance dans la façon d’enseigner l’Europe. Le personnel enseignant ne bénéficierait pas de connaissances suffisantes sur les institutions d’une part, et ne saurait pas transmettre les véritables messages, d’autre part. A savoir les compétences concrètes des institutions et l’impact sur les habitants des vingt-huit.

La mauvaise perception des politiques européennes tient également du fait que les Etats membres ont tendance à pointer l’UE du doigt pour les politiques communautaires inefficaces, et à se congratuler dans le cas d’avancées positives. Pour pallier ces déficiences, François Laval considère par exemple, qu’une épreuve pratique de mise en situation auprès des institutions européennes au niveau baccalauréat contribuerait à améliorer les compétences.

Un relai journalistique épuisé

D’un point de vue journalistique, la technicité européenne est souvent pointée du doigt. Pourtant,  il ne serait pas plus complexe de parler d’Europe que de traiter des sujets dans les rubriques économiques ou scientifique, selon Dominique Jung, rédacteur en chef des DNA. « C’est moins la technicité qui pose problème, que le fait que l’Europe est mal aimée ».

Le lectorat est non seulement de plus en plus sceptique, mais la société du XXIème siècle n’est plus celle où les journalistes détenaient un rôle de prescripteur. Pour exemple : le référendum de 2005. Les journalistes pro européens avaient, à ce moment, fait leur travail en abordant l’Europe positivement. Les résultats du vote démontrent que leur voix a perdu de son influence et de sa crédibilité.

De son côté, Dauphinelle Clément, directrice des affaires européennes de l’ENA, soulève le problème des leaders d’opinions qui diffusent un discours eurosceptique, agrémenté de fausses informations, que les journalistes n’ont malheureusement pas toujours su déceler. Le discours de vérité aurait ainsi manqué à plusieurs reprises dans les médias, pour réaffirmer les valeurs et le travail de l’Union européenne. Si Anne Pernelle Richardot, conseillère au maire de Strasbourg et ancienne assistante parlementaire, pense qu’il faut rapprocher le citoyen de l’UE, il semble toutefois évident que journalistes, élus, professeurs ne parviennent pas à vulgariser l’Europe, dont les actualités échappent à une grande partie du public.

Un fossé trop profond entre les citoyens et l’Europe? Tout reste semble-t-il à construire pour bâtir une Europe des citoyens par des réalisations concrètes. L’éducation et les relais journalistiques ont donc de beaux jours devant eux pour parler d’Europe aux Européens.

By | 2018-01-28T19:01:03+00:00 December 18th, 2017|CONTENT, Groupes de travail, Journalisme, rapportgroupe|1 Comment