Etudier l’Europe

11.12.2017

Le Collège d’Europe

Un investissement qui vaut le coût ?

Alors, le Collège d’Europe qu’est-ce que c’est et est-ce que ça vaut le coût de postuler?

Retour sur la présentation du 21 novembre 2017 de Pawel Michalski, qui s’occupe de la coopération du Collège (campus de Natolin) avec les Universités. En bonus : les impressions de Séverin Schnepp, ancien étudiant en SESI actuellement étudiant au campus de Natolin, et de Stéphane Chopin, ancien étudiant en PEAP actuellement étudiant en « Études politiques et de gouvernance européennes » sur le campus de Bruges.

Le Collège d’Europe, qu’est ce que c’est ?

Le Collège d’Europe est créé en 1949 par Salvador de Madariaga, ce qui fait de lui l’institut d’étude européenne postuniversitaire le plus ancien et également le plus prestigieux. Depuis lors, sa mission est de former les étudiants aux questions juridiques, politiques, économiques et culturelles européennes. Il sert d’arrière base intellectuelle aux institutions européennes. Il est situé sur deux campus : Bruges (Belgique) et Natolin (Varsovie, Pologne).

Le Collège offre cinq parcours, les quatre premiers se déroulant à Bruges et le dernier à Natolin :

   – le Master en Études Économiques et Européennes,

   – le Master en Droit européen

   – le Master en Études Politiques et de Gouvernance européenne

   – le Master en Relations Internationales et Études Diplomatiques de l’Union européenne

   – le Master en Études Européennes Interdisciplinaires

L’idée principale, selon Pawel Michalski, est de former des étudiants qui occuperont plus tard des fonctions à forte responsabilité ou ce qu’il appelle « leadership functions ». D’ailleurs, les langues de travail sont le français et l’anglais et l’année débute en septembre mais il est possible, pour ceux qui le souhaitent, de faire un stage de perfectionnement en anglais en août.

Le Collège d’Europe en chiffres

Le Collège d’Europe c’est aussi plus de 440 étudiants du troisième cycle et plus de 55 nationalités différentes. L’âge moyen est de 26 ans. À Natolin les promotions sont de 120 à 130 étudiants par an. C’est plus de 230 professeurs et professionnels venant de plus de 20 pays et 35 assistants académiques. Le Collège est une flying faculty : les professeurs viennent de loin en avion. Ils s’appellent Jörg Monar (recteur du Collège et professeur d’espace de liberté, sécurité et justice au master Politiques Européennes de l’IEP), H. Van Rompuy, D. Georgakakis etc. et viennent de la Sorbonne, Harvard, l’Université de Cracovie et … de l’IEP de Strasbourg!

En effet, notre ancien directeur, Sylvain Schirmann est professeur du cours « l’Histoire de la Construction Européenne » du Master Études Européennes Interdisciplinaires et notre professeure de droit Frédérique Berrod enseigne « le droit du marché intérieur, un modèle européen du libre échange ».

Pourquoi ce choix de la mobilité ? « Pour ne pas être lié pendant 25 ans aux mêmes personnes. Chaque année on change le programme, c’est vraiment dynamique » répond Pawel Michalski. Les enseignements du Collège sont en effet liés à l’actualité : questions énergétiques et numériques, processus de démocratisation, le rôle des réseaux sociaux pendant les printemps arabes, tout ce qui concerne les fake news, la cyber sécurité etc. « Il faut des experts maintenant et pas dans 20 ans ».

Mais surtout, le Collège d’Europe c’est 25 000 euros l’année, logement, nourriture et voyages d’étude compris. 70% des élèves parviennent à obtenir une bourse, complète ou partielle provenant des gouvernements nationaux ou d’institutions privées.

Enfin, le Collège c’est un réseau d’anciens très fort: 11 500 étudiants qui font partie d’un réseau professionnel important.

Après le Collège, un quart des étudiants se dirigent vers les institutions, un quart dans le privé, d’autres rejoignent les administrations nationales, 10% poursuivent par une thèse, et d’autres encore s’orientent vers les secteurs primaire et secondaire.

Les conditions d’admission

   – un diplôme universitaire dans une discipline pertinente (240 crédits ECTS minimum)

   – de bons résultats académiques

   – un niveau d’anglais minimum B2/français minimum : A2/B1.

 – un intérêt pour les affaires européennes, l’intégration européenne, la géopolitique, les études régionales, les relations internationales, la politique étrangère, les études dans le domaine de la sécurité et/ou de la défense.

   – ambition, idées et ouverture d’esprit

   – candidature complète en ligne et entretien d’admission concluant (après la phase de présélection).

La procédure d’admission

Cette année, il faut postuler avant le 17 janvier 2018. Il faut postuler à deux choix de spécialité pour l’ensemble du Collège. C’est un dossier en ligne, avec une courte lettre de motivation, deux lettres de recommandations qui « doivent surtout témoigner du sérieux et pas seulement dire qu’il s’agit d’un bon élève » pour citer P. Michalski. Il faut avoir des bonnes notes mais la motivation, l’ambition, le potentiel et la construction d’un projet sont aussi des éléments pris en compte.

Ensuite, vient l’étape des entretiens qui se déroulent après Pâques : il faut avoir des connaissances spécifiques et être incollable sur l’actualité, sur les politiques extérieures, les missions civiles et militaires de l’UE …

Si vous souhaitez plus d’informations, vous pouvez consulter les sites Internet suivants:

www.coleuropenatolin.eu

www.natolin.eu

www.natolinblog.com

www.coleurope.eu

L’expérience de Séverin Schnepp à Natolin

« Je suis très satisfait de mon expérience au Collège d’Europe sur le campus de Natolin. C’est comme une seconde année Erasmus mais avec des nouveautés. Cette perception tient beaucoup au fait qu’on a gagné en maturité depuis notre 3A, on a pris du recul, et surtout on sait mieux ce qu’on veut faire de notre vie ! Parler d’Europe tous les jours c’est très plaisant mais ce qui est vraiment stimulant c’est de dépasser ce simple débat « pour ou contre l’UE?» et d’entrer dans le fond du débat « quelle UE? ». Côtoyer une trentaine de nationalités tous les jours (UE et hors-UE) ça permet vraiment de distinguer les perceptions, les utopistes, les pessimistes, comprendre aussi les priorités des États d’origine de nos camarades. En somme je vois le Collège comme une nouvelle source de connaissances académiques et d’expérience humaine  

Concernant l’admission je pense que c’est très différent selon le projet des étudiants qui postulent, ainsi que des relations qu’ils ont noué auparavant. Je dirai qu’il faut être sûr de ce que l’on veut et savoir le montrer. Je crois aussi que c’est très important de choisir des référents qui te connaissent un minimum car le jury de sélection est très attentif à ce que les recommandations ne soient pas « mécaniques ».

De manière générale, avant même d’en être aux recommandations, je pense que la clé c’est l’information. Lire le site internet du Collège et les plaquettes c’est bien mais il faut chercher a avoir les « insights » – je conseille vivement à tous les candidats potentiels de parler un maximum avec des anciens, d’être pro-actifs. Pour ma part j’ai discuté avec une dizaine d’anciens élèves et ça m’a permis de préparer correctement mon entretien (qui n’est pas si difficile à condition d’avoir fait une très bonne préparation).

Bon les bourses c’est un sujet un peu délicat : rares sont les Français qui obtiennent une bourse du MEAE. Par ailleurs je me suis rendu compte aussi que la sélection pour la bourse du Ministère se fait, malgré la lettre de motivation, sur des critères sociaux. Autant dire que les classes moyennes ont peu de chance d’en avoir une (ils demandent l’avis d’imposition pour le dossier). En dehors des bourses du MEAE il y a à Natolin 2 autres types de bourses accessibles aux Français : la bourse PEV (Politique Euro de voisinage) et la bourse Geremek (histoire de la civilisation européenne). Certains de mes amis ont réussi à les avoir !

Pour les cours, le 1er semestre a Natolin n’est clairement pas le plus stimulant car c’est une remise à niveau pour tous ceux qui n’ont pas fait d’affaires européennes avant. Je pense que le master PE est vraiment excellent car je me rends compte qu’il couvre un grand nombre d’aspects des politiques européennes. Mais le second semestre sera plus intéressant !

À Natolin la vie sur le campus est agréable, d’abord grâce à son cadre : Natolin est une ancienne propriété de nobles avec un palais et une énorme forêt ! Autant dire que nous sommes privilégiés. Les promotions sont de 120 personnes en moyenne, dont beaucoup proviennent des pays du voisinage de l’UE (car le campus de Natolin accueille la chaire de PEV).

On a un sauna, un terrain de foot, un bar, une table de ping-pong, un billard, chacun est libre de créer ses associations (en tant qu’ancien SESI j’ai créé le Defense and Security Committee), et on peut globalement faire ce que l’on veut à n’importe quelle heure !

Les moins ce serait le fait qu’on ne vit pas vraiment à Varsovie mais dans la périphérie : on est un peu isolé du monde extérieur, on reste entre nous. L’avantage c’est qu’on se fait des amis pour la vie et que la socialisation est poussée à son maximum … mais ça peut aussi créer des tensions des fois (vivre les uns avec les autres 24/24 c’est un défi pour soi-même aussi).

Pour finir, est ce que ça en vaut la peine ? Difficile de répondre car on est pas encore sortis mais tous les anciens que j’ai rencontré m’ont dit qu’ils sentaient l’effet Collège dans les 2 ans suivant l’obtention de leur diplôme. Par ailleurs, je trouve que le Collège est assez à la page en termes d’insertion professionnelle : ils sont très soigneux quand à la communication de la vie ici (Instagram, Twitter, Facebook : dès qu’il y a un événement ils cherchent à le diffuser) et ils sont aussi très présents sur LinkedIn. On a également accès à une base de données pour emploi et stages alimentée par les anciens, et on a plein de cours pour savoir mener un entretien, faire un CV, évaluer son profil psychologique, etc … je trouve que c’est rassurant !

Quoiqu’il en soit c’est une expérience unique, qui m’apporte personnellement beaucoup ! Je sens que je gagne en maturité, en recul, j’améliore mes compétences de project management dans un environnement multiculturel, et je crois que ce sont des choses qui vont m’aider à me démarquer d’ici un an  ».

L’expérience de Stéphane Chopin à Bruges

« Le Collège d’Europe porte très bien son nom : sur le campus de Bruges, nous sommes 345 étudiants venant de 54 pays différents. Nous venons des Etats membres de l’UE, bien sûr, mais aussi de ceux qui sont membres du Conseil de l’Europe. C’est donc un bonheur quotidien et une chance inouïe de vivre dix mois au contact de la diversité européenne. Mieux, l’Union attire aussi des jeunes des pays tiers qui sont nos partenaires : Maroc, Algérie, Tunisie, Etats-Unis, Chine ou Corée du Sud.

On ne peut que s’enrichir intellectuellement et humainement lorsqu’on évolue dans un environnement pareil.

D’autant plus que nous vivons vraiment ensemble : répartis au sein de huit résidences dans lesquelles nous partageons le petit-déjeuner, nous nous retrouvons également chaque midi et chaque soir (exception faite des dimanches) là où l’on socialise le plus : la cantine de Garenmarkt. Si les discussions qui s’y tiennent sont mémorables voire légendaires, on ne peut malheureusement pas en dire autant de la qualité de la nourriture.

C’est un problème mineur, mais regrettable lorsque l’on sait que chacune et chacun d’entre nous paie 24 000 € – sauf en cas de bourse partielle ou totale – pour vivre dix mois ici. Mais on apprend à vivre avec et on s’habitue à manger quasi quotidiennement des pommes de terre ! Et les journées étant longues, on ne peut pas vraiment faire une croix sur les repas.

Les journées sont longues non pas par le volume des cours – qui oscille entre 8 et 20h par semaine, de la mi-septembre à la mi-novembre – mais parce qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer !

En effet, entre les nombreuses activités associatives, le sport, les sorties culturelles, les nombreuses virées dans les nombreux bars de Bruges et – ne l’oublions pas – la sublime bibliothèque, on ne peut pas s’ennuyer. Et il ne s’agit que de ce qu’on peut faire à Bruges ! En 1h de train, nous pouvons être à Bruxelles et participer aux conférences et événements quotidiens qui se tiennent dans l’Eurobubble. Il y a toujours de quoi faire pour occuper ses journées.

Et pour les soirées, le Bar de Gouden Hand (ouvert chaque jeudi, avec des consos 1 € !) et les légendaires “parties” de Biskajer font amplement l’affaire. Vous vous souvenez de vos soirées Erasmus ? Et bien celles du Collège, c’est pareil mais avec beaucoup moins de comas éthyliques et beaucoup plus de fun et d’intensité.

Est-ce que le Collège d’Europe est une année Erasmus bonus dans laquelle on ne travaille pas énormément ? Même si le dernier paragraphe le laisse penser, c’est tout sauf le cas !

Dans chacun des 4 départements (Droit / Économie / Études de politique et gouvernance européennes (POL) / Relations internationales), la charge de travail personnel est assez exigeante et calquée sur un modèle anglo-saxon : peu de cours magistraux mais beaucoup de lectures à faire soi-même et d’essais / travaux de groupe à rendre. C’est un rythme à prendre ! Il est cependant bien moins infernal que celui du Diplôme de Sciences Po Strasbourg et on a le temps de profiter des aspects extra-scolaires.

De façon générale, je recommande à toutes celles et ceux qui veulent vivre l’Europe et travailler à la développer et à renforcer les liens entre ses citoyens à postuler pour étudier ici, à Bruges. C’est une expérience extraordinaire, qui change votre vie. Littéralement.

Une expérience qui vaut tout l’or du monde et qui ouvre de nombreuses portes pour le restant de vos jours. Les 24 000 € seront vite amortis.

Une expérience où l’on développe des amitiés profondes avec des camarades qui sont toutes et tous, sans exception, des personnages fascinants.

C’est aussi une expérience dans laquelle on peut vivre l’amour entre Européens, et de façon plus intense qu’en Erasmus haha.

Être un étudiant du Collège d’Europe, ici à Bruges, est tout simplement la meilleure chose qui me soit arrivée. On grandit énormément et on a envie de se donner à 200 % pour construire l’Europe d’aujourd’hui et de demain avec toutes celles et ceux qui partagent ce même idéal.

Vous l’avez compris : c’est un immense honneur que de faire partie de cette promotion “Simone Veil” et de vivre dix mois exceptionnels ici à Bruges. J’encourage chacune et chacun à candidater pour l’année prochaine et à me contacter (stephane.chopin@coleurope.eu ou bien par Facebook) pour d’éventuels autres renseignements) ! »

Par Juliette Briane

By | 2017-12-16T11:02:21+00:00 December 15th, 2017|CONTENT|0 Comments