Travailler en Europe

08.01.2018

Assistant parlementaire d’un député européen

Quelle journée type ?

En cette période de recherche active de stage, certains envisagent certainement de candidater auprès d’un.e député.e européen.ne. Mais en quoi consiste ce métier ? Trois anciens étudiants du Master Politiques Européennes de l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg ont accepté de répondre à quelques questions pour vous éclairer. Diplômé.e.s de la Promotion 2016-2017, ils ont tous trois été assistant.e.s parlementaires d’un.e député.e européen.ne dans le cadre de leur stage de fin d’étude.

Etre assistant parlementaire « c’est être le couteau suisse du parlementaire : savoir tout faire, rapidement, s’adapter, être force de proposition. »

L’ensemble des témoignages recueillis souligne l’aspect dynamique et très varié, parfois chargé, du travail d’assistant parlementaire. Pour Gaël Jeanson, diplômé du Master PEAP et assistant stagiaire pendant quatre mois et-demis de Jérémie Zeitoun, conseiller énergie de l’eurodéputé luxembourgeois Claude Turmes (Verts/ALE), « disponibilité et flexibilité sont essentielles. »

L’organisation du travail parlementaire rythme celui des assistants. En effet, les semaines au Parlement européen se succèdent entre semaine consacrée à la session plénière à Strasbourg, semaine des commissions parlementaires, semaine des groupes politiques et semaine en circonscription pour les députés européens. L’activité des assistants parlementaires en est donc directement impactée. Comme le souligne un des anciens étudiants du master PE, « les journées à Bruxelles sont bien différentes des journées à Strasbourg en session plénière. »

Toutefois, des tâches quotidiennes se dégagent comme la réalisation de revues de presse, de synthèses, de comptes rendus de réunions de commissions parlementaires ou encore la rédaction d’amendements. L’élaboration de policy papers et de réponses à des courriers ou interviews écrites constituent un autre aspect du travail de l’assistant parlementaire.

L’assistant parlementaire est aussi amené à représenter le ou la député.e à des évènements et à en organiser. Il assure également la communication sur les réseaux sociaux et l’éventuel site internet du ou de la député.e. L’assistant parlementaire travaille donc en appuis au ou à la député.e européen.ne sur des projets de long et de court terme.

En résumé, l’assistant parlementaire épaule le ou la député.e dans son travail parlementaire et assure une activité de conseil politique et de communication. Il s’agit d’un métier très varié, au cœur de l’actualité politique. Il faut être passionné par les institutions parlementaires et aimer réagir rapidement aux évènements.

Comment devient-on assistant parlementaire ? Comment candidater et auprès de qui ?

A cette étape, plusieurs options s’offrent à vous mais la plus classique est bien sûr d’envoyer, suite à une offre ou de manière spontanée, sa candidature à l’adresse du MEP (Member of the European Parliament) en mettant en copie son ou ses assistant.s. C’est par exemple ce qu’a fait Mathieu Levoir, fraîchement diplômé du Master PEAP, ce qui lui a valu d’être stagiaire dans le bureau de l’eurodéputée française Nathalie Griesbeck (ALDE) pendant quatre mois.  

Autre possibilité : faire jouer votre réseau, mais de manière habile. Le réseau est un atout de taille et la plupart des postes d’assistants à pourvoir le sont par ce biais. Aborder un eurodéputé ou un collaborateur politique lors d’un évènement public, d’un entretien sur son activité parlementaire pour un travail de recherche ou à l’occasion d’un cours dans le cadre de votre Master peut initier un premier contact et éventuellement déboucher sur un stage.

Mathieu Levoir conseille « de postuler, d’appeler pour s’assurer une bonne réception de la lettre de motivation ; de personnaliser la lettre en fonction des intérêts personnels du député en dehors de son travail législatif. » Gaël Jeanson invite à faire preuve d’audace en envoyant des CV à plusieurs députés. Autre recommandation récurrente : « ne pas hésiter à faire appel aux anciens du Master PE présents au Parlement européens pour des conseils ».

Mais alors pourquoi candidater ? Que retirer d’une telle expérience ?

Les trois anciens du Master PE qui se sont prêtés au jeu de l’interview, confient avoir beaucoup appris grâce à leur stage de fin d’étude au Parlement européen. Ils ont ainsi acquis des compétences organisationnelles et rédactionnelles ainsi qu’une meilleure compréhension des processus décisionnels européens. L’un d’entre eux avoue avoir « aussi appris [qu’il est] très attaché à une autonomie dans [son] travail et que ce métier ne [lui] convient pas ! » C’est donc aussi ce qu’un stage peut vous apporter : prendre conscience de ce que vous recherchez dans votre cadre de travail et votre activité professionnelle, ce qui vous convient et ne vous convient pas. La structure hiérarchique très verticale dans un bureau de député(e) européen(ne) peut donc en rebuter certains et ne pas correspondre à leurs attentes à long terme.

Cependant, la diversité des sujets abordés en profondeur, le travail lié à la négociation politique, la rencontre d’acteurs multiples et la confrontation à un réseau très développé peuvent contrebalancer les aspects du métier perçus comme plus négatifs par certains (tâches administratives parfois proches du secrétariat et plus éloignées des tâches parlementaires et de conseil politique). Il ne faut par ailleurs pas oublier qu’une relative précarité caractérise le métier d’assistant parlementaire puisque leur embauche ou renouvellement de contrat est tributaire de l’élection ou de la réélection du ou de la parlementaire.

Quelles perspectives une fois assistant parlementaire ? Que fait-on après ?

Pour citer Camille Duchiron, diplômée du Master PEAP et stagiaire pendant huit mois dans l’équipe parlementaire de l’eurodéputé français Guillaume Balas (S&D), « avoir effectué un stage au sein du PE est la voie royale pour se faire embaucher en tant qu’assistant accrédité hors élections européennes. » La plupart des recrutements se font en interne d’où l’intérêt de rester actif et prêt à présenter sa candidature pendant son stage.

Avoir été assistant parlementaire stagiaire permet également de rebondir en intégrant des cabinets d’affaires publiques à Bruxelles ou Paris ou encore des institutions nationales. D’autres portes restent également ouvertes : agence de communication, cabinet ministériel par exemple. Il est donc possible de poursuivre aussi bien dans la collaboration politique de manière générale que dans le privé.

Se lancer en politique est aussi une voie que certains ont choisie comme Pieyre-Alexandre Anglade, diplômé du Master Relations Internationales et Affaires Publiques de Sciences Po Strasbourg, notre actuel Master PEAP. Après avoir été quatre ans assistant parlementaire de Nathalie Griesbeck, il est aujourd’hui député de La République en Marche de la quatrième circonscription des Français de l’étranger.

Si des opportunités diverses et variées s’offrent aux anciens assistants parlementaires stagiaires et accrédités, Mathieu Levoir souligne l’importance de « chercher un travail en accord avec ses valeurs. »

Où en sont-ils aujourd’hui ? Quelle voie ont-ils choisi après leur expérience au Parlement européen ?

Mathieu Levoir confie vouloir expérimenter des cadres de travail différents. Il occupe actuellement un poste dans une startup qui développe des logiciels de démocratie participative pour les villes au niveau local. Il vit une expérience européenne en travaillant avec des nationalités différentes.

Gaël Jeanson quant à lui est assistant parlementaire à l’Assemblée Nationale. Il est conseiller sur les questions énergie auprès d’Emilie Cariou, députée de La République en Marche de la deuxième circonscription de la Meuse.

Camille Duchiron est collaboratrice parlementaire au Sénat depuis octobre 2017.

Leur conseil aux actuels étudiants?

Tentez l’expérience, pour vous faire une idée ! Foncez, c’est une expérience incroyable !

Par Diane Thomas

By | 2018-01-08T16:55:19+00:00 January 8th, 2018|CONTENT|0 Comments