Parler d’Europe

29.01.2018

Allemagne et France

Quelles réponses face aux demandes d’asile?

L’arrivée de réfugiés et demandeurs d’asile sur le territoire européen a fait les grands titres des journaux, notamment depuis 2015. Outre les désastres survenus en mer Méditerranée, nos dirigeants européens ont, dans de multiples allocutions, avancé l’idée que l’intégration de réfugiés et demandeurs d’asile représenterait une menace potentielle pour la société – tant sur le plan sécuritaire que sur le plan identitaire. Suite à ces discours, les populations des pays européens ont développé un sentiment mitigé à l’égard des réfugiés, des demandeurs d’asile et de leur réception. Néanmoins, peu de personnes ont connaissance des démarches à entreprendre et de l’accueil qui est réservé aux demandeurs d’asile et réfugiés. Et c’est précisément la tâche que s’est fixée l’un des groupes de travail du Master Politiques Européennes.

En se focalisant sur les deux pays européens que sont l’Allemagne et la France, les étudiants ont pour mission de comparer les deux politiques nationales en matière d’asile, tant en termes de démarches administratives relatives à l’accueil que d’aide à l’intégration. Bien que très sensibles à la politique allemande clémente de la chancelière Angela Merkel avec son dorénavant célèbre « Nous y arriverons » („Wir schaffen das“, prononcé en août 2015), ils s’efforcent d’analyser le plus objectivement possible les différentes étapes d’une demande d’asile, de l’arrivée du demandeur à son installation ou bien à son renvoi dans son pays d’origine en cas de refus d’octroi du statut.

Des politiques migratoires bien distinctes

Les autorités européennes maintiennent une certaine pression sur les pays membres afin de gérer au mieux cette « crise migratoire », présentée comme étant une crise sans précédent au sein de l’Union européenne. Cependant, il est frappant de constater que les politiques allemandes et françaises en matière d’immigration sont loin d’être homogènes.

Le droit d’asile est régi par des conventions internationales, comme celle de Genève de 1951, ou bien par le droit européen, tel que le règlement Dublin. Néanmoins, on observe cependant que les manières de l’appliquer sont diverses même en comparant deux pays transfrontaliers et membres fondateurs de l’Union Européenne.

Il est parfois bien difficile de s’y retrouver entre des échelons de décision différents, des étapes pas forcément similaires mais aussi divers interlocuteurs, qu’il s’agisse d’acteurs de la société civile ou bien d’agents administratifs. Mais surtout, il est important de noter que les moyens mis à disposition ne sont pas les mêmes.

Si le gouvernement allemand a mis d’important moyens financiers en place pour appuyer ses ambitions politiques sur l’accueil des demandeurs d’asile, la France quant à elle n’a eu de cesse de réduire les financements au fil des années et des différents dirigeants. Après un entretien avec une employée du Collectif  pour l’Accueil des Solliciteurs d’Asile de Strasbourg (CASAS), les étudiants ont appris que les financements notamment destinés aux associations en charge d’aider les demandeurs d’asile pour déposer un recours ont été drastiquement diminués, ce qui a eu en conséquence de réduire le nombre d’employés, mais aussi d’exiger une participation de la part des demandeurs d’asile souhaitant effectuer un recours.

Des acteurs engagés

Si les moyens et échelons de demande sont différents, les entretiens effectués par les étudiants leur ont permis de rencontrer des personnes très engagées, en Allemagne comme en France, au sein de la société civile ou de l’administration. Par exemple, la ville de Kehl  a créé un poste pour l’intégration des réfugiés.

Des évènements, que ce soient des échanges culturels ou des ateliers plus pratiques sur la vie en Allemagne, sont ainsi mis en place pour favoriser le dialogue entre la population locale allemande, des volontaires et les personnes réfugiées accueillies par la ville de Kehl. Des associations comme Kehl Flüchtlinge aident aussi les réfugiés et demandeurs d’asile à effectuer des tâches de la vie quotidienne, tout en gardant un lien avec les entités administratives.

Des défis communs

Néanmoins, certains enjeux restent communs aux deux pays, comme le problème lié à l’hébergement. Si l’Allemagne essaye de gérer la situation avec des contrats entre particuliers et réfugiés, ce qui n’est pas toujours facile ; la France quant à elle manque cruellement de logements pour les demandeurs d’asile. Ceux-ci sont logés principalement dans des centres d’hébergement d’urgence mais leur placement s’effectue selon des critères de priorité, notamment la présence d’un mineur. De plus, le manque de coopération entre les différents échelons – européen, national et local – mais aussi avec les associations a une importance cruciale.

Un membre de la Commission européenne, lors d’un entretien à Bruxelles, a rappelé au groupe de travail l’importance de procéder à une harmonisation au niveau européen, même si des disparités perdureront toujours entre les Etats Membres. Un grand nombre de défis persistent donc afin de mettre en œuvre une politique d’asile qui protégerait les droits fondamentaux humains tout en étant acceptable pour les différents acteurs en jeu.

Par le groupe de travail « L’arrivée des migrants et des réfugiés en Europe – comprendre les défis et analyser l’action de la société civile »

Léa Boinnard, Pauline Brugeilles, Aletheia Délivré, Gael Hamon,

Dali Malnoury-Erdõs, Joseph Stein, Elodie Thevenin, Romana Rosalie et Claire Zangari.

By | 2018-01-28T19:17:17+00:00 January 29th, 2018|CONTENT, Groupes de travail, rapportgroupe|0 Comments