Travailler pour l’Europe

05.01.2018

Il faut saisir les opportunités quand elles se présentent

Rencontre avec Alexandre Majercsik

Les étudiants du Master sont allés à la rencontre d’Alexandre Majercsik, Directeur Europe et International à la Région Grand Est et commanditaire du groupe de travail sur la coopération transfrontalière. Retour sur un parcours fait d’opportunités!

Son parcours

Alexandre Majercsik est Directeur Europe et International à la Région Grand Est. Il nous raconte son parcours en quelques mots : diplômé d’une maîtrise AES puis d’un DESS en gestion de l’entreprise de l’université Nancy, Alexandre Majercsik a débuté son parcours professionnel dans les ressources humaines dans le secteur privé.

Le hasard a fait qu’il a ensuite rencontré le directeur de cabinet de Gérard Longuet, président de la région Lorraine, ce qui lui ouvre les portes d’une mission sur le projet de laboratoire souterrain pour les déchets radioactifs. Après un an et demi, il intègre la Direction de la Communication de la région Lorraine, où il travaille pendant 7 ans, puis la Direction des Entreprises.

En 2010, Alexandre a la chance d’entrer au CESEL, le Conseil Économique, Social et Environnemental de la région Lorraine. Encore une fois dans sa carrière, M. Majercsik affirme que “le hasard fait bien les choses. Je voulais retourner dans l’opérationnel et j’ai rencontré le DGS (Directeur Général des Services) de la Région qui m’a proposé la direction des sports et du tourisme”. S’en suit une candidature pour la Direction Europe et International, sujet qu’il connaît bien depuis son poste au CESEL où il a travaillé sur les dossiers transfrontaliers.

“On est encore en programmation par anciennes régions”

La Direction Europe et International où travaille Alexandre Majercsik est divisée en deux volets : d’un côté la gestion des fonds européens qui concentre 100 agents sur les 140 de la Direction et de l’autre les questions européennes, internationales et transfrontalières qui forment trois services distincts.

Le volet “fonds européens” est particulièrement important, d’autant plus que comme le souligne Alexandre “sur les programmes européens, on est encore en programmation par anciennes régions. Donc il y a trois services “croissance et emploi” pour le FEDER, trois services “développement rural” pour le FEADER, les fonds agricoles, et trois services “Interreg”.

Le poids des anciennes régions est donc toujours important sur les missions quotidiennes de la région Grand Est. Si a priori, les programmes tendront à s’unir aux niveaux du FEDER et du FEADER, les anciennes frontières régionales vont perdurer jusqu’au discussions fixées à 2020.

De la difficulté d’une culture Grand Est

Malgré un découpage territorial flou, la région Grand Est est pourtant une réalité dans le travail quotidien d’A. Majercsik. Il souligne que “l’enjeu de la fusion a été pendant un an de créer des outils communs pour la nouvelle région. Ensuite, là où il faudra du temps, c’est pour que culturellement les gens se sentent réellement Grand Est”.

Or, la difficulté d’une “culture Grand Est” ne se joue pas seulement auprès de la population mais aussi au sein de l’administration régionale. Sur les 140 agents de la Direction Europe et International, un tiers sont en poste à Strasbourg, un autre tiers à Metz et le dernier tiers à Châlons-en-Champagne.

Comment faire oublier un clivage territorial lorsque ces agents continuent de travailler dans leur ancien périmètre d’action? S’il reconnaît que l’évolution n’est pas évidente, A. Majercsik a bon espoir pour l’avenir de l’esprit Grand Est. Pour le faciliter, il a mis en place deux séminaires annuels au sein de la Direction “pour mélanger les gens, pour que tout le monde se voit”.

Évidemment, un tel travail demande aussi des adaptations avec de nombreux déplacements dans les trois bureaux de Strasbourg, Metz et Châlons-en-Champagne. S’il reconnaît qu’il passe la plupart de son temps à Strasbourg, A. Majercsik doit également assister à de nombreuses réunions à Paris, Luxembourg ou Bruxelles.

Les déplacements ne vont donc pas arrêter sa volonté de créer une cohésion. Il revient par exemple d’une mission au Maroc où il accompagnait le 1er vice-président de la Région pour travailler sur le partenariat avec une région de l’Oriental, dans la partie Est du Maroc. Il y a “rencontré les autorités qui nous ont présenté leur projet d’investissement. L’enjeu va être de voir comment on peut travailler au Maroc et avec les entreprises marocaines. Sur le volet coopération, la volonté du nouveau président Jean Rottner est d’axer sur l’économie et l’attractivité. Il faisait beau, il y avait du soleil et c’était parfait … j’ai eu un petit choc thermique en rentrant hier soir (rires)”.

“Il n’y a pas vraiment de journée type à la région”

Au-delà des déplacements, que fait-on quotidiennement à la Direction Europe et Internationale de la région Grand Est? Y a-t-il une journée type dans l’organisation des missions? Secondé par treize chefs de services, Alexandre Majercsik peut se permettre de déléguer des dossiers pour se concentrer sur ses réunions, ses rendez-vous à Paris et ses échanges à l’international.

Globalement, il partage son temps entre la coopération européenne, transfrontalière et internationale et la partie liée à la gestion des fonds européens. Son rôle concret? “Que la gestion des fonds européens se passe bien, lever les embûches et élaborer les stratégies du positionnement de la région sur les outils de fonds européens ou de coopération internationale. Cela fait des journées bien remplies, avec aussi beaucoup de mails”.

Le Luxembourg: “L’inconvénient de la Grande Région, mais aussi son avantage”

Majercsik est souvent amené à aller au Luxembourg, notamment à la Grande Région avec qui la région Grand Est coopère étroitement, et où les étudiants du Master PE ont été reçus en novembre 2017. Pour lui, l’enjeu le plus fort à l’échelle de la Grande Région est économique, notamment car “le Luxembourg est un élément d’attractivité énorme, qui crée des emplois”. La Lorraine, par sa géographie, est particulièrement liée au Luxembourg notamment en ce qui concerne l’emploi étant donné le nombre de travailleurs transfrontaliers. Si l’économie demeure donc l’élément central de la coopération transfrontalière à la Grande Région, “il y a aussi une réalité de mobilités, mais aussi de tourisme et de culture qui se fait car les rives de la Moselle c’est vraiment magnifique, le Luxembourg c’est aussi un très beau pays, la Wallonie, les Ardennes belges, c’est vraiment très très beau”.

Le poids du Luxembourg dans les missions de coopération apparaît indéniable. Pour l’équilibre, il nous met toutefois en garde sur le rôle que doivent jouer les autres territoires. “Pendant trop longtemps, on a eu l’impression que le Luxembourg siphonnait ses voisins et l’enjeu c’est d’équilibrer un petit peu. Il ne faut pas couper la croissance du Luxembourg mais il faut imaginer un développement plus harmonieux ou équilibré”. Le Luxembourg, un inconvénient comme un avantage de la Grande Région, au coeur de la coopération géographique, économique et financière.

Le Luxembourg, une particularité également liée à son statut de cité-Etat? Pour Alexandre Majercsik, cette spécificité luxembourgeoise en fait un atout : “les décisions se prennent excessivement vite au Luxembourg, parce qu’ils se connaissent tous. Ils s’appellent, ils se croisent dans la rue et voilà. C’est impressionnant le Luxembourg. Là, ils ont un premier ministre, Xavier Bettel, qui est jeune, il a un contact incroyable. Vous vous promenez avec lui à Luxembourg, faire 100 mètres ça prend une demie heure. Il connaît tout le monde, il fait la bise à tout le monde. C’est un peu paradoxal et surprenant.  Mais en même temps les décisions sont hyper rapides.”

A l’inverse, qu’est-ce que cela implique pour un pays comme la France? “On a une superposition d’intérêts entre l’Etat et les collectivités territoriales qui fait que nous avons “du mal à parler d’une voix unique et à avoir une position commune et ça c’est compliqué.”

“Je suis impressionné par la qualité du travail !”

En plus d’assister à toutes ses réunions et d’effectuer de nombreux déplacements, Alexandre Majercsik trouve le temps de travailler avec les étudiants du Master Politiques Européennes de l’IEP de Strasbourg depuis le mois de septembre. Avec une dizaine d’étudiants, ils cherchent à établir la place des régions françaises dans les politiques de coopération transfrontalière.

Pourquoi a-t-il choisi d’encadrer un de nos groupes de travail? Ayant assisté en février à la restitution des travaux de la promotion 2016-2017, Alexandre a été sollicité par l’équipe pédagogique et a décidé de créer deux groupes : l’un travaillant sur la thématique transfrontalière et l’autre axé sur la plus-value qu’un bureau de représentation à Bruxelles peut apporter à la région. “La plus-value des étudiants c’est d’avoir un regard assez neuf et jeune sur les questions qui peuvent être posées”. Un regard neuf ou idéaliste? “Pas idéaliste non, curieux et du coup assez inventif. Le fait d’être dedans en permanence, on est dans des schémas où on défend plus son bifteck. Et d’avoir des jeunes, peut-être avec des idéaux, mais aussi peut-être avec plus de curiosité, d’inventivité et de créativité c’est bien. Et, ça vous pouvez le répéter, je suis vraiment très agréablement surpris, enfin pas surpris mais, je suis impressionné par la qualité du travail”.

Le groupe sur les régions françaises dans la coopération transfrontalière a en effet bien avancé dans ses recherches depuis le mois de septembre: “au niveau de la méthodologie, c’est bien, c’est construit c’est bien cadencé. Et, là, à la lecture du plan, j’étais impressionné. C’est complet, l’enchaînement est bien et ils ont bien compris les problématiques”.

Mais les recherches et les entretiens qu’effectuent les étudiants doivent les conduire à la rédaction d’un rapport de fin d’année précis qui répond à une problématique réelle et politique, alors forcément, on se demande ce que la région va en tirer : “Ça pourra servir de discours de fond dans nos échanges avec les autres collectivités et on va voir ce qui va en ressortir éventuellement mais ça peut être des pistes de travail à développer. Ce n’est pas pour le mettre sous la table, ni caler une armoire derrière!”

“Travailler”, la clé de la réussite?

En relation directe avec les étudiants du Master Politiques Européennes, Alexandre Majercsik a forcément quelques petits conseils à nous donner! Le principal? “Travailler. Parce qu’il n’y a que dans le dictionnaire que le mot résultat est avant travail”.

Le travail, les étudiants du Master commencent à y être habitués mais surtout M. Majercsik conseille de saisir toutes les opportunités lorsqu’elles se présentent. “Je n’ai pas un parcours linéaire, c’est vraiment beaucoup le hasard des rencontres qui a fait que je suis là où j’en suis aujourd’hui et je suis relativement content de ce que je fais. Honnêtement il y a 20 ans ou 30 ans je ne savais pas où je serai aujourd’hui.”

Un conseil qui résonne particulièrement dans le contexte de la recherche de stage : “si un stage peut sembler moins intéressant, finalement on va rencontrer quelqu’un qui va ouvrir la bonne porte”. Rappelant que dans notre société, les parcours professionnels sont de moins en moins linéaires, il ajoute qu’il ne faut surtout pas avoir peur de partir à l’étranger, particulièrement pour une génération qui est en permanence encouragée à “visiter le monde”. Et pour la suite, “Carpe Diem!”.

Par Diane Thomas et Juliette Briane

By | 2018-01-05T17:14:31+00:00 January 5th, 2018|CONTENT, Fonction publique, Projets Européens, Transfrontalier|0 Comments